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6 - Dossier, Cinéma, Dossier

Laurence Anyways, Xavier Dolan (2012)

Laurence Anyways est l’histoire d’un couple qui s’aime, se sépare et tente de se retrouver tout au long de nombreuses années. L’obstacle de leur amour est simple : Laurence, l’homme de ce couple 100% hétéro, veut devenir une femme, sans pour autant quitter celle qu’il aime.

Dans les films précédents de Xavier Dolan, ce tout jeune cinéaste que l’on dit à la fois talentueux et insupportable, l’homosexualité était traitée sans complexe, avec une évidence qu’autorisait sa génération. Le spectateur avait droit à une représentation des sexualités contemporaines, énergique et personnelle certes, mais qui s’affirmait sans chercher à se réfléchir. Avec Laurence Anyways, Xavier Dolan est passé de la représentation à la problématisation.

Le mélodrame classique, dans lequel s’injecte un changement de genre, soutient donc, au-delà des envolées esthétiques, un questionnement plus abouti. Car une histoire aussi connue que celle d’un amour impossible, dans laquelle tout le monde peut se reconnaître, permet à Xavier Dolan d’emmener le spectateur affronter, avec ses deux personnages, toutes les difficultés que recouvre un changement de sexe dans nos sociétés occidentales des années 1980 et 1990. Mais le cinéaste va plus loin encore en ancrant les raison de ce changement de genre dans l’amour : Laurence a avant tout la volonté radicale de ne pas mentir, de ne plus mentir ni à lui-même, ni à la société, ni, surtout à celle qu’il aime. Mettant ainsi rapidement de côté toute la question homosexuelle (le couple étant hétéro, sexe, sexualité et genre sont dès lors dissociés) le thème de la transsexualité est donc pris dans l’angle de la sincérité, ce qui permet à Xavier Dolan d’attaquer les conventions sociales et l’hypocrisie générale. Classique ? Certes. Il n’empêche que n’importe qui peut se reconnaître dans les déboires de ce couple, et qu’en se refusant la revendication directe des droits des transsexuels, Xavier Dolan nous offre un beau film sur la porosité des genres.

Joachim Soudan

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