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7 - Dossier, 7 - La Hiérarchie, Idées

Qu’est-ce qui fonde la hiérarchie dans l’entreprise ?

Qu’est-ce qui fonde la hiérarchie dans l’entreprise ? 

Analyse

S’il y a un domaine de la société où l’organisation hiérarchique est très peu remise en question, c’est bien celui de l’entreprise privée. Essentiellement parce que, ces organisations étant privées, on pourrait considérer qu’elles peuvent s’organiser comme bon leur semble (dans le respect du droit du travail). Mais les enjeux de cette question sont politiques (notamment), puisqu’ils concernent les conditions de travail et des rapports de domination. Pour cette raison, il est intéressant de s’interroger sur ce qui fonde réellement les différences de pouvoir au sein des entreprises. Pour quels motifs les actionnaires ont-ils toujours plus de pouvoir que les travailleurs ?

La première explication possible est l’exigence d’efficacité. Un projet entrepreneurial, pour être mené à bien, nécessite à la fois d’être guidé par une vision à long terme et habité par une capacité de prise de décisions rapides. Or, quand la direction est partagée par tous, surgissent inévitablement des conflits multiples, qui peuvent nuire à la stabilité et à l’efficacité de l’entreprise. L’organisation en hiérarchie semble donc nécessaire au bon fonctionnement de l’action collective. Au sommet, le pilotage ; à la base, l’exécution.

Toutefois, reconnaître la nécessité d’une certaine division du travail entre pilotage et exécution n’implique pas que le pilotage revienne exclusivement aux actionnaires (l’exécution, qui requiert quant à elle un savoir-faire pratique, revient naturellement aux travailleurs). Rien ne dit, en effet, qu’en leur seule qualité d’actionnaires, ces derniers soient plus aptes à la direction que les travailleurs. Non, il doit bien y avoir autre chose.

Une idée simple veut que les actionnaires aient le droit de participer aux prises de décisions étant donné l’investissement personnel (financier) qu’ils engagent dans l’entreprise. Mais les travailleurs, eux aussi, investissent leurs forces et leurs talents, sans qu’en découle pour autant un droit « naturel » à être consulté.

On peut alors invoquer le risque financier pris par les actionnaires, dans leur investissement, là où les travailleurs n’injectent qu’une force de travail qu’ils peuvent retirer à loisir. Mais ce serait oublier que ce risque est déjà compensé par le gain potentiel, qui ne bénéficie en général pas directement aux travailleurs, mais enrichit souvent les investisseurs.

En réalité, ce qui fonde le déséquilibre de pouvoir dans l’entreprise, c’est un autre déséquilibre de pouvoir, antérieur : l’inégalité des dotations initiales. Ceux qui en ont les moyens créent des entreprises et offrent du travail à des gens qui sont en demande de travail. Et comme le dit un proverbe africain, « la main qui offre est toujours plus haute que celle qui reçoit ». Ceux qui offrent le travail posent leurs conditions – la division hiérarchique et rigide des tâches –, conditions que ceux qui demandent du travail sont bien obligés d’accepter, sans quoi on se passera de leurs services.

C’est donc sur cette inégalité fondamentale de pouvoir de négociation que repose avant tout la hiérarchie entre actionnaires et travailleurs, les arguments d’efficacité, de compétence et de risque ne faisant que légitimer idéologiquement un ordre spontané.

Pour peu que l’on juge indésirable, ou injuste, cette situation, quelles sont les possibilités d’action ? On peut en imaginer au moins deux. La première serait une réforme du droit du travail et l’apparition d’un droit des travailleurs à être consultés par (ou représentés dans) la direction de l’entreprise à laquelle ils appartiennent (ce qui est différent de la représentativité syndicale). La seconde serait une incitation gouvernementale à la démocratie dans l’entreprise par le biais d’un allègement des charges fiscales sur les entreprises organisées de manière coopérative (organisation qui entraîne généralement de meilleures conditions de travail). Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas à être résignés devant ce phénomène omniprésent de domination.

 

Pierre-Etienne Vandamme

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Discussion

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Édito – La hiérarchie, entre valeur instrumentale et outil de domination | Projections - septembre 15, 2014

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