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7 - Dossier, 7 - La Hiérarchie, Architecture

Pour une architecture mineure

« Une littérature mineure n’est pas celle d’une langue mineure, plutôt celle qu’une minorité fait dans une langue majeure. »

Gilles Deleuze, Félix Guattari, Kafka. Pour une littérature mineure

Par ces temps de grands malaises identitaires, subjectifs ou collectifs, où les frontières vacillent, où l’identité fait problème – tantôt elle chavire, tantôt elle se crispe –, la figure de l’architecture comme instance de l’ordonnancement métaphysique du monde montre ses facettes les plus étroites : architecture qui impose, enferme et contient ; environnements dédiés à la l’occupation et à l’observation ; sculptures séduisantes mais dépourvues de sens ; maille de réseaux pour partie invisibles. Autant de lignes d’absolue circonscription et capture auxquelles tactiques et « ruses » de l’habitant tentent quotidiennement de faire court-circuit. L’architecture contient une force d’organisation, de contrôle, qui peut la mettre en conflit avec les forces du hasard, avec l’altérité contenue dans la vie. Le danger est toujours celui de la transformation des lignes vivantes en lignes de capture. L’architecture devient alors un dispositif de coordination/subordination à un appareillage politique de mise en conformité aux normes. Le langage majeur de l’architecture, celui des codes, des règles et de la production de bâtiments, s’épuise, se crispe et se fige. Comment ne pas rêver alors de « lignes de fuite » et de nouveaux horizons pour arriver à se (re-)trouver ? Rêver d’une architecture mineure, qui refuse le langage des maîtres et l’article défini? L’un devient multiple : les architectures mineures altèrent, déconstruisent et dématérialisent le monde construit (les codes et les stries). Elles sont nomades, éphémères et transformatives, se glissant entre les fêlures de la géométrie Euclidienne.

La notion d’architecture mineure dont nous parlons ici est une réponse aux écrits critiques de Deleuze et Guattari sur la littérature mineure.

La lecture de Kafka que Deleuze et Guattari proposent dans Kafka : Pour une littérature mineure, est un laboratoire de leur pensée.

C’est dans ce texte et à partir de l’œuvre de Kafka qu’ils élaborent une topologie/topique de la langue et de l’écriture (majeures et mineures), une théorie de la déterritorialisation et de l’agencement dans et à travers le langage, qui sera par la suite développée dans Mille Plateaux.

Dans l’étude sur Kafka – juif tchèque écrivant en allemand – Deleuze et Guattari identifient « le mineur » et « le majeur » comme conditions qui se trouvent au plus bas de la Forme Etat, mais qui ont un grand potentiel de pouvoir. Émergeant à l’intérieur d’une langue majeure, la littérature mineure est ce langage appauvri fractionnaire et épuré, dépouillé de toute décoration et même de grammaire. La littérature ou le bégaiement de l’écriture ou de la parole mineures proviennent toujours d’une triple impossibilité : l’impossibilité de ne pas écrire ou de ne pas parler ; l’impossibilité d’écrire ou de parler autrement que dans la langue majeure pour avoir droit à la publication ou à l’écoute ; l’impossibilité d’écrire dans une hypothétique et inexistante langue pure, dépouillée de toutes les intonations, les accents, les mots ou les tournures qui appartiennent à la langue « mineure » dans laquelle une mémoire et une histoire personnelle s’enracinent.

Une langue « mineure » n’est donc pas la langue d’une minorité qu’il faudrait défendre puisque cette défense peut donner lieu à des formes de reterritorialisation dangereuses, mais la possibilité inédite d’une littérature ou d’une oralité qui déterritorialisent de l’intérieur la langue ou l’écriture majeures.

« Combien de gens aujourd’hui vivent dans une langue qui n’est pas  la leur ? Ou combien ne connaissent même plus la leur, ou pas encore, et connaissent mal la langue majeure dont ils sont forcés de se servir ? Problème des immigrés, et surtout de leurs enfants. Problème des minorités. Problème d’une littérature mineure, mais aussi pour nous tous : comment arracher à sa propre langue une littérature mineure, capable de creuser le langage, et de le faire filer suivant une ligne révolutionnaire sobre ? Comment devenir le nomade et l’immigré et le tzigane de sa propre langue ? Kafka dit : voler l’enfant au berceau, danser sur la corde raide. » [1]

Tout en écrivant sur la littérature, Deleuze et Guattari établissent un pont entre littérature et architecture à travers les mots et les notions qu’ils utilisent pour décrire l’espace de Kafka [2] : blocs, segments, strates, connecteurs, rhizomes, plans d’immanence, lignes de fuite – tous ces concepts décrivent des stratégies spatiales.

Une architecture mineure, tout comme la littérature mineure [3] aurait trois caractères essentiels : la déterritorialisation (et la reterritorialisation qu’elle implique), le branchement de l’individuel sur l’immédiat–politique (la politisation), l’énonciation collective.

 

© Ana-Alice Finichiu

© Ana-Alice Finichiu

1. Déterritorialiser – le mythe de l’intérieur

« Se déterritorialiser, c’est quitter une habitude, une sédentarité. Plus clairement, c’est échapper à une aliénation, à des processus de subjectivation précis. »

Gilles Deleuze & Félix Guattari, L’Anti Œdipe

Un espace architectural doit à la fois être clôturé, fini, mesurable, et permettre sa propre dématérialisation. Il doit accueillir la vie, le quotidien dans sa matérialité tout en lui offrant la possibilité de fuir, de transgresser cette matérialité. On peut tisser des cadres-structures tectoniques, à travers des mots ou des matières. Chacun de ces cadres construit à son tour des structures dont l’exhaustivité n’est qu’apparente. L’inachevé génère un déséquilibre, des forces comme des coups contre les murs, déplaçant ainsi le poids vers l’extérieur. Ce sont des forces désirantes, réactives aux pouvoirs statiques de symétrie, de hiérarchie et de confinement du pouvoir souverain qui produisent un désir d’évasion, de fuite ; c’est la structure de l’architecture, dans toute sa dureté matérielle, qui en offre la possibilité.

L’intérieur est l’espace passif, introspectif, rassurant et d’autopréservation d’une forme de pouvoir, de contrôle. La première forme d’une architecture mineure serait alors celle d’une ligne de force qui va décomposer le vecteur du pouvoir – sa ligne à segmentarité dure, vers une multiplicité de flux souples et capables à fuir. Un espace intérieur est un segment d’espace séparé d’autres segments et d’autres intérieurs ; c’est à partir de telles zones statiques que l’architecture mineure émerge. La sortie vers l’extérieur, la fuite, implique une subversion de la dialectique classique dehors-dedans à travers une intégration du temps – de l’espacement que le temps impose entre dedans et dehors, de l’écart, de l’altérité. Parfois on peut se trouver « dehors », en rue, et être encore plus enfermé qu’entre les quatre murs d’une pièce.

Le temps est complice pour tout acte de fuite, d’évasion. L’idée de permanence, de routine, de quotidien, de temps segmentarisé en habitudes peut être comprise comme l’intérieur propre aux temps, car le temps est figé ou capturé. Échapper à ce temps cadré ne signifie pas aller vers un espace sans temps, hors temps, mais plutôt une sortie vers l’extérieur du temps [4]. Dans cette vision, fuir implique la reconfiguration de la relation au temps – pour miner et renverser l’autorité du temps – cadre et poids de l’éternité. L’architecture mineure fait sortir l’espace ainsi que le temps de leurs cadrages territoriaux. La fuite et la durée fusionnent en lignes de force actives qui transpercent, brouillent ou même dissolvent les membranes qui séparent intérieur et extérieur et distinguent le maintenant du ensuite.

© Ana-Alice Finichiu

© Ana-Alice Finichiu

2. L’immédiat-politique – consommation et spectacle – le mythe de l’objet.

« Ownership is the most intimate relationship that one can have to objects. Not that they come alive in him ; it is he who lives in them. »

Walter Benjamin, Unpacking My Library

Un bâtiment agit comme une machine, en même temps technique et sociale, qui emploie dans ses mécanismes autant des structures, des matières, des choses que des hommes et des femmes. L’objet-bâtiment est une partie d’une machine qui est activé et devient productive au moment de son usage ; tout objet-bâtiment, même aussi simple qu’une cabane, peut être employé à des moments différents et par des groupes différents. L’objet-bâtiment est inévitablement lié à son identité figée en tant que marchandise, à sa valeur d’échange. Le bâtiment se construit en tant qu’objet à travers ces attributs.

« À proprement parler, les hommes de l’opulence ne sont plus tellement environnés, comme ils le furent de tout temps, par d’autres hommes que par des OBJETS. […] Les concepts d’« environnement », d’« ambiance » n’ont sans doute une telle vogue que depuis que nous vivons moins, au fond, à proximité d’autres hommes […]» [5].

Les objets-bâtiments sont partout autour de nous, on les croise, on les habite, on les traverse. Ils se déploient le long des routes et à travers les limbes du territoire. Dans les magazines, ils peuvent inciter à une énergie sexuelle alternative – la séduction des images ; dans les catalogues, ils présentent les nouveaux produits, plus légers, plus « design » de l’industrie et de la construction. Sur les franges urbaines, ils forment des conglomérats de choses dans les océans des aires de stationnement ; dans les centres urbains ils essayent de percer les nuages​​ – un nouvel horizon ou les gestes les plus intimes semblent les plus étranges. En dépit de leur, souvent déclarée, transparence, les intérieurs de ces objets-bâtiments restent toujours cachés derrière des façades en miroir. Que se cache-t-il sous ces masques matériels ?

Pour Deleuze et Guattari, l’espace exigu de la littérature mineure « fait que chaque affaire individuelle est immédiatement branchée sur la politique. L’affaire individuelle devient donc d’autant plus nécessaire, indispensable, grossie au microscope, qu’une tout autre histoire s’agite en elle. C’est en ce sens que le triangle familial se connecte aux autres triangles, commerciaux, économiques, bureaucratiques, juridiques, qui en déterminent les valeurs. » [6] La même condition – l’exiguïté, qui anticipe et se branche sur l’action politique crée également un nouvel espace dans lequel un autre type d’action tout aussi politique peut se produire – l’action de résistance.

Créer c’est résister. Résister aux entraînements et aux volontés de l’opinion courante. Exiger son rythme à soi.

La pure résistance n’est jamais juste un mouvement intellectuel. Résister c’est une réponse physique, spatiale à l’interaction entre autorité et immanence.

© Ana-Alice Finichiu

© Ana-Alice Finichiu

3. L’énonciation collective – le mythe du sujet.

« Nous avons écrit L’Anti-Œdipe à deux. Comme chacun de nous était plusieurs, ça faisait déjà beaucoup de monde. »

Gilles Deleuze & Félix Guattari, Mille Plateaux

Le concept d’agencement collectif d’énonciation permet de sortir de la logique du signifiant [7]. Le sujet n’est plus un individu isolé avec ses signifiants, mais fait partie d’un agencement où il interagit avec un milieu et un groupe qui produisent un agencement collectif d’énonciation en évolution permanente.

« Il n’y a pas de sujet, il n’y a que des agencements collectifs d’énonciation – et la littérature exprime ces agencements , dans les conditions où ils ne sont pas donnés au-dehors, et où ils existent seulement comme puissances diaboliques à venir ou comme forces révolutionnaires à construire. La solitude de Kafka l’ouvre à tout ce que traverse l’histoire aujourd’hui. La lettre K ne désigne plus un narrateur ni un personnage, mais un agencement d’autant plus collectif qu’un individu s’y trouve branché dans sa solitude (ce n’est que par rapport à un sujet que l’individuel serait séparable du collectif et mènerait sa propre affaire). » [8]

Un architecte « mineur » a un caractère multiple et destructeur, il est un penseur et un hacker, journaliste et éditeur. Mais les penseurs peuvent saboter tout aussi bien que fixer, et volontairement prendre partie plutôt que mettre ensemble. Les hackers peuvent tout aussi bien brouiller un code que le déchiffrer…

S’il devait tendre vers une architecture mineure, Eupalinos [9] de Valéry pourrait choisir de dire : à force de déconstruire, je crois vraiment que je me suis déconstruit moi-même.

Une architecture majeure, ou établie, suit un vecteur qui va du contenu à l’expression (on part d’un contenu et on recherche ensuite la forme d’expression qui lui convient), alors qu’une architecture mineure ou une écriture révolutionnaire commencent par énoncer, pour faire ensuite naître du geste expressif de nouvelles formes et de nouveaux contenus.

Dans le mode mineur, le langage, autant celui de la littérature que celui de l’architecture, est réduit aux éléments primaires – plus d’absence que de présence –, des verbes actifs opèrent sur des sujets concrets. Ainsi on recadre le territoire familier, on rend le familier étrange. L’éloignement n’est pas à caractère nomade, il prend place dans le site même, dans la mesure où les constructions existantes répondent à un désir de fuir, de brouiller les frontières, d’énonciation collective. Le dépouillement peut être littéral – une architecture mineure utilise des mécanismes de soustraction qui démontent les objets surchargés de signifiants culturels à travers la politique [10]. Mais le politique peut être à la fois un euphémisme pour l’État et sa volonté de souveraineté, ou se référer aux disparités de la vie quotidienne. La politique peut opérer autant en tant que force de striage que comme force libératoire – elle peut opérer soit du haut d’une structure de pouvoir vers le bas, soit du bas vers le haut de la structure. Le deuxième mode est celui qui produit des architectures majeures à l’intérieur desquelles les minorités peuvent émerger. Une architecture mineure est politique, puisqu’elle est mobilisée par le bas, par un contexte qui peut échapper à toute force de contrôle, qui peut être hors de tout système normatif.

© Ana-Alice Finichiu

© Ana-Alice Finichiu

Face à la mondialisation qui affecte le monde contemporain, les formes de résistances semblent devoir s’enraciner presque naturellement dans le local, pour préserver l’hétérogénéité et les différences face aux menaces d’homogénéisation liées à l’ouverture d’un espace mondial et mondialisé. Le local renvoie ainsi à une dimension naturelle et primitive, à une origine illusoire, qui aurait été brouillée et perturbée par l’ouverture sur des espaces culturels, politiques ou linguistiques vastes, et qu’il faudrait restaurer dans son intégrité et dans sa pureté initiales. On établit ainsi une fausse dichotomie entre le global et le local, basée sur l’illusion de l’unicité et de l’identité figée d’une langue, d’une culture, d’une histoire.

Toute autre est la perspective ouverte par une langue ou une littérature mineures, qui se nourrissent de plusieurs langues, de plusieurs identités et de plusieurs visions du monde toujours en construction et en devenir.

Dans une architecture mineure, les intérieurs se projettent vers le dehors ; ils fuient. Les objets se déconstruisent sur place ; ils se fragmentent. Pour l’architecte – sujet –, devenir mineur veut dire échanger l’ambition et l’amour des maîtres et des langages majeurs de l’architecture pour une écriture révolutionnaire qui commence par énoncer, pour faire en suite naître du geste expressif de nouvelles formes et de nouveaux contenus.

Ana-Alice Finichiu

[1] Deleuze Gilles, Guattari Félix, Kafka, pour une littérature mineure, Les Editions de Minuit, p. 35.
[2] Deleuze et Guattari décrivent les personnages féminins du Procès comme des « blocs », puis ils décrivent et même dessinent le diagramme les blocs architecturaux de l’Hôtel des Messieurs dans le Château – voir Kafka, pour une littérature mineure, Les Editions de Minuit p. 135.
[3] « Les trois caractères de la littérature mineure sont la déterritorialisation de la langue, le branchement de l’individuel sur l’immédiat-politique, l’agencement collectif d’énonciation. Autant dire que « mineur » ne qualifie plus certaines littératures, mais les conditions révolutionnaires de toute littérature au sein des celle qu’on appelle grande (ou établie). » Kafka, pour une littérature mineure, Les Editions de Minuit p. 33.
[4] voir Blanchot Michel, L’espace littéraire, sur l’expulsion de Kafka de la vie quotidienne à cause de ses maladies. Kafka est piégé dans un intérieur marqué par l’absence de temps
[5] Baudrillard Jean, La société de consommation, Folio/ Essais, Denoël, p. 18.
[6] Deleuze Gilles, Guattari Félix, Kafka, pour une littérature mineure, Les Editions de Minuit, p. 30.
[7] Deleuze et Guattari s’opposent à la logique du signifiant de Jacques Lacan. Sa révision structuraliste de la psychanalyse se conçoit comme une tentative de donner un fondement théorique à la psychanalyse freudienne, à laquelle Deleuze et Guattari s’opposent.
[8] Deleuze Gilles, Guattari Félix, Kafka, pour une littérature mineure, Les Editions de Minuit, p. 33.
[9] Paul Valéry, préface à un recueil intitulé Architectures publié à Paris chez Gallimard en 1921.
[10] « il y a une politique de l’espace puisque l’espace est politique » Henri Lefebvre, Réflexions sur la politique de l’espace, Société française, n°39, avril, mai, juin 1991, p. 59.

Gordon Matta-Clark

Matta-Clark s’est rendu célèbre par ses coupes spectaculaires dans des bâtiments existants. Son œuvre s’accompagne néanmoins d’une réflexion profonde qui veut bouleverser la perception de l’espace architecturé.

Architecte de formation, il développe rapidement un processus prospectif et une attitude radicale vis-à-vis de l’environnement construit. Il fait partie des premiers artistes qui colonisent l’ancien quartier industriel du SoHo à New York. Il y monte et aménage un café théâtre, le Food Restaurant, où l’organisation intérieure se révèle vite trop peu pratique. Il entreprend alors des découpes pour adapter l’aménagement, d’abord au niveau des comptoirs et plans de travail, et s’attaque ensuite aux cloisons et aux murs qui divisaient le lieu : « C’est sans doute la dernière fois que j’ai utilisé la découpe de manière pragmatique ». [1]

Matta-Clark va s’intéresser aux marges de la ville, de l’espace, du bâtiment ; et orienter son œuvre vers une approche plus politique, un manifeste. Ses découpes vont lui permettre de révéler et extérioriser l’architecture dans son épaisseur. Il définit son domaine comme de la non-architecture ou anarchitecture : « il ne s’agissait pas seulement de faire des œuvres témoignant d’une attitude différente vis-à-vis des bâtiments ou des comportements qui déterminent habituellement le cloisonnement de l’espace utilisable. (…) Nous pensions plutôt à des vides métaphoriques, des trous, des espaces laissés à l’abandon, des endroits qui ne sont pas encore développés. » [2] Ces espaces lisses, dans la terminologie de Deleuze et Guattari, deviennent le support de son œuvre qui révèle à travers des situations locales les spécificités du lieu pour y ébranler les fondements de l’architecture et de sa pratique. Il entreprend un travail au corps à corps avec des bâtiments abandonnés, sur lesquels il passe des mois entiers.

La propriété privée bercée par le confortable du quotidien fige les choses et empêche la véritable adaptabilité aux contraintes essentielles du site : lumière, mémoire, temporalité… Il veut la rendre altérable. Il s’oppose à l’industrie de la construction et à la modernité machinique et stérile, par la mémoire qu’il révèle dans l’épaisseur des murs, des fondations, de la structure…

Si « [l]’art est le langage des sensations, qu’il passe par les mots, les couleurs, les sons ou les pierres » [3], Matta-Clark devient un artiste-architecte ayant construit son langage propre qui alimente la perception du construit.

Augustin Schoenmaeckers

 —

[1] Matta-Clark Gordon, Entretiens, Édition Lutanie 2011, p. 89.

[2] Ibid., p. 11
.

[3] Deleuze Gilles, Qu’est que la philosophie ? Éditions de Minuit, 1991, p. 166. 

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