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« Avec l’argentique, je me bats avec le temps. »

« Avec l’argentique, je me bats avec le temps. »

Entretien

 

Daniel Michiels, par Nicolas Baudoux

Daniel Michiels, par Nicolas Baudoux

Daniel Michiels est un photographe utilisant exclusivement l’argentique. Il est parti s’installer à la fin des années 70 sur les hauteurs de La-Roche-en-Ardenne, territoire devenu le sujet principal de sa dégaine photographique. Entretien avec un homme qui se veut loin du système photographique d’aujourd’hui.

Qu’est ce qui vous attire dans la photo argentique ?

J’aime encore bien avoir mon négatif, avoir mon agrandisseur. J’aime bien passer par tous les stades, jusqu’au développement. Et à la fin, quand je tire, je me dis « merde ce n’est pas ça que j’attendais ». Et c’est cela qui apporte quelque chose : la prochaine fois, je ferai plus attention.

Lors du développement, il y a l’image qui est là et il y a une espèce d’excitation. Donc si je ne fais pas attention, que je suis trop excité et que je me trompe dans un procédé, ma photo peut être foutue. Cette discipline dans les choses est très importante. C’est ça qui est fabuleux.

Une discipline qui est primordiale dans la photo argentique…

Oui, ce n’est pas la vitesse qui compte, mais c’est la ponctualité de la chose, qu’on sache prendre le temps. En allant vite, il n’y a aucun résultat, c’est toujours approximatif. On essaye un peu ceci, un peu cela… Il faut s’investir à fond dans sa discipline, sinon on ne saura jamais jusqu’où on pourrait aller. La non-obsession des choses ne mène à rien, il faut que cela soit obsessionnel, que cela nous tracasse, nous rende fou pour pouvoir arriver à quelque chose qui n’est pas éphémère. Si tu n’as pas d’obsession, il faut arrêter.

Vous regrettez l’apparition du numérique ?

Tant qu’on me laisse tranquille et que je peux toujours aller acheter mes produits et mon papier, cela ne me dérange pas. Ce qui m’énerve, c’est cette industrialisation de l’art. On fait croire aux gens qu’ils sont démodés et qu’ils doivent changer d’appareil. On crée chez eux un nouveau besoin, qui n’existe pas, alors que leur appareil marche encore très bien. Mon Leica a 70 ans et il marche encore. Pourquoi un nouvel appareil numérique ne marche-t-il que quelques années ? Les gens sont embarqués dans cette recherche perpétuelle de la nouveauté. L’industrie de la photo fonctionne sur le court terme et fait comme si le passé n’avait pas existé.

Y a-t-il quelque chose qui reste à l’argentique ?

Le plaisir, dans l’argentique, c’est que lors de la prise vue, on suppose que la photo est bonne. Et ce n’est qu’au développement qu’on voit ce que cela donne. Il y a une espèce de jouissance dans l’attente. On attend de voir si c’est juste. Alors qu’avec le numérique, le photographe peut voir directement si sa photo est bonne ou pas, il n’y a aucun plaisir. Avec l’argentique, on se bat avec le temps. Et il faut faire des choses intemporelles. Ne pas dater, ne pas signer, ne pas avoir de légende en-dessous des images. Et quand on arrive à se battre avec le temps, dans la vie aussi, là c’est beau.

Ce serait un paradoxe flagrant, mais avez-vous déjà pensé à numériser vos photos ?

Non, et en tant que photographe je ne veux pas avoir de site internet. Si des photos à moi se trouvent sur internet, c’est que ce sont des amis qui les ont mises. Avoir un site web, c’est aller ajouter un mec dans la série. On ne verra pas la différence. La différence, c’est justement d’être en dehors de tout ça. C’est faire de l’art, mais à côté de ce que tout le monde fait. Je préfère que les gens viennent à ma maison regarder mes photos. Quand je regarde des images sur internet, c’est impersonnel. Il n’y a pas ce contact physique.

Vous ne pensez donc pas passer au numérique ?

Non, je ne me sens pas bien avec. J’ai pourtant essayé plusieurs fois de faire des photos sur mon escalier, un endroit où je photographie souvent. Ce n’est jamais le cadrage que je voulais. Ça a l’air d’être le cadrage, et quand je prends la photo, ce n’est pas celui que j’avais vu. Et je me dis : « c’est moi qui deviens fou ou quoi ? ».

 

Propos recueillis par Nicolas Baudoux

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