//
you're reading...
Cinéma, Varia

L’organisation d’un festival cinéma : l’exemple du BIFFF. Entretien avec Jonathan Lenaerts.

Qu’est-ce qu’un festival ? Comment met-on sur pied un festival ? Quel est le fonctionnement d’un festival ? Voici quelques questions parmi d’autres que nous avions envie de poser aux organisateurs du BIFFF (le Brussels International Fantastic Film Festival) qui proposent annuellement, début avril, deux semaines de divertissements aux amateurs de films de genres. C’est Jonathan Lenaerts, le Press Officer du festival, qui s’est chargé de répondre à nos questions.

bifff_affiche

L’affiche de l’édition 2016 du BIFFF est signée Yslaire

 

Avant toutes choses, nous souhaiterions que vous nous expliquiez ce qu’est un festival : est-ce une plateforme commerciale où se rencontrent essentiellement producteurs et distributeurs ? Est-ce un endroit où les distributeurs, si ceux-ci ont déjà acquis les droits d’un film, font une projection « test » face à un public averti ? Est-ce un évènement incontournable en ce qui concerne la promotion d’un film ? Est-ce autre chose encore ?

Un festival peut prendre toutes les formes précitées : certains sont des passerelles pour la promotion de films distribués (Gérardmer, par exemple), d’autres font office de marchés pour booster les ventes à l’international (Berlin, Cannes, l’AFM…). Passer par un festival pour promouvoir un film, c’est s’assurer un vernis de prestige, garantir un label qualité essentiel pour l’aspect marketing qui suit. Mais cela peut être à double tranchant : un mauvais article peut ruiner toute la promotion prévue. De fait, on doit être sûr de son produit.

En quoi le BIFFF est-il différent des autres festivals ? Que peut-on y faire tant au niveau des spectateurs que des professionnels du cinéma ?

Le BIFFF, c’est d’abord l’œuvre de passionnés. Dès le départ, il n’y avait aucun calcul par rapport aux firmes de distribution ou de volonté d’en faire un outil de communication uniquement destiné aux professionnels. Dans les statuts de l’ASBL (Peymey Diffusion) [1] à l’initiative du festival, c’est clairement indiqué que le but visé est de sortir le fantastique, sous toutes ses formes, de ses ornières (cf. Art 3 des statuts). Le BIFFF a dès lors multiplié ses activités, déclinant le fantastique sous forme de films, d’expos, d’animations, etc.

Pour en revenir aux films, le festival a toujours mis un point d’honneur à présenter des films inconnus, fragiles, voire peu attendus qu’on a été glaner aux quatre coins du monde. Toujours sortir de sa zone de confort, plutôt que de présenter du mainstream au public acquis. Résultat ? La majorité de notre sélection ne sera jamais vue en salle, mais une partie bénéficiera d’une sortie DVD ou VOD grâce à leur passage au BIFFF.

Et pour ce qui est de nos spectateurs, ce qu’ils recherchent, c’est qu’on les surprenne, qu’ils découvrent quelque chose d’unique dans une ambiance tout aussi unique ! Pour les professionnels venus présenter leurs films, tous nous ont dit que notre ambiance était « souvent imitée, jamais égalée » : ils ont un retour cash et sincère de la part d’une audience survoltée. C’est assez proche de l’arène de gladiateurs – toutes proportions gardées – et à mille lieues de l’ambiance aseptisée et bien-pensante de certaines autres projections. En un mot : c’est un challenge qu’ils relèvent avec plaisir !

Ce que vous dites nous mène à envisager la possibilité qu’il existe un spectateur type du BIFFF. Est-ce le cas ?

Il n’y a pas de spectateur type du BIFFF : notre public est intergénérationnel ! Des jeunes ados en 1983 continuent à venir au festival aujourd’hui avec leurs enfants. Des couples se sont formés au BIFFF et viennent maintenant avec leurs enfants. On trouve des jeunes de 12 à 16 ans comme on peut trouver des nonagénaires dans les travées (oui, oui !). Mais la particularité du spectateur, c’est sa fidélité : essayer le BIFFF, c’est l’adopter !

Lorsque nous demandons à Jonathan de nous raconter brièvement l’histoire du BIFFF, celui-ci nous renvoie à une interview réalisée en 2009 [2] : l’histoire du BIFFF y est relatée depuis l’origine de la création de l’A.S.B.L., Peymey Diffusion, qui est en charge de son organisation. Pour résumer, le BIFFF a connu divers lieux d’exploitation, notamment le Passage 44 et Tour et Taxis, et a reçu la visite de personnalités célèbres telles que Dario Argento, Terry Gilliams, Wes Craven, Robert Englund, etc. Parfois même, il a participé au lancement de carrière d’artistes, on pense par exemple à Luc Besson avec Le Dernier combat. Pour obtenir un bref aperçu de l’évolution du BIFFF depuis 2009 (comme par exemple le déménagement du BIFFF au BOZAR), il conviendra de se référer au document de présentation officiel consultable sur le site web du BIFFF [3].

Passons à présent à l’aspect organisationnel du festival. Le BIFFF a toutes les caractéristiques d’un projet : même si celui-ci a lieu chaque année, chaque édition du BIFFF est temporaire (le festival a un début et une fin) ; le BIFFF crée des livrables uniques qui se traduisent par des services de type commercial ayant pour objectif de soutenir la production et la distribution cinématographiques (chaque édition est unique de par sa programmation, son lieu de projections et les mini-évènements qui y ont lieu (master class, concours, etc.)) ; l’élaboration de chaque édition du BIFFF est progressive, elle se développe par étapes et son contenu devient de plus en plus clair au fur et à mesure de son développement [4]. Sachant cela, pourriez-vous nous expliquer les étapes à suivre pour mettre en place une édition de ce festival ?

On débute d’abord par la prospection (de nouveaux films) qui commence dès le festival de Cannes – soit un gros mois après la fin de l’édition précédente. En même temps, nous rentrons tous les dossiers de conclusion auprès des différents ministères [5] et nous organisons notre feedback de l’édition précédente, en recueillant les avis extérieurs (pouvoirs publics, partenaires, presse, invités etc.). Dès juillet, nous commençons à recevoir des films pour l’édition suivante. La prospection se poursuit (Pifan en Corée, Frightfest à Londres, Sitges en Espagne, AFM à Los Angeles et Blood Window à Buenos Aires). En septembre, nous mettons en place la nouvelle mouture en termes logistiques. Nous reprenons contact avec nos sponsors et partenaires, tout en faisant également de la prospection pour l’expo et les animations. On affine tout cela au cours de l’automne, et chacun a ses tâches :
Moi: presse, expo, animations, Body Painting, Make Up, Masterclass
Guy: sponsoring, partenariats, layout affiche, flyers etc.
Freddy: contacts avec producteurs et distributeurs
Youssef: invités, logistique Bozar, bénévoles
etc. [6]

Jonathan ayant peu de temps pour répondre à nos questions (la phase d’exécution du projet, c’est-à-dire que le festival en tant que tel est sur le point de commencer), nous nous chargeons de compléter sa réponse :  la phase d’exécution du BIFFF repose essentiellement sur un nombre important de bénévoles. D’une part il y a ceux qui prennent en charge les caisses, la surveillance et l’accompagnement des invités, et d’autre part, il y a des professionnels du cinéma qui constituent les différents jurys du festival [7]. Chaque jury a à sa tête un président qui décide librement de la manière d’évaluer les films qui seront soumis à son groupe. Après la vision des films, le président rassemble les votes de son groupe et les films qui rassemblent le plus de voix sont alors soumis au débat. Les prix sont remis à la fin du festival.

*

Toutes les activités et la programmation du BIFFF ainsi que le principe de leur marché du film, Frontières – où se rencontrent artistes, producteurs et distributeurs pour des séances de pitching et des accords commerciaux –, sont consultables sur le site web du festival (http://www.bifff.net/). Le festival ouvrira ses portes au BOZAR ce 29 mars et se termine le 10 avril. N’hésitez donc pas à vous y rendre si vous êtes en quête d’une expérience hors du commun.

Propos recueillis par Quentin Dispas

 

[1] http://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_tsv/tsv_rech.pl?language=fr&btw=0419261714&liste=Liste

[2] http://www.cinemafantastique.be/IMG/pdf/Dossier_BIFFF_2009.pdf

[3] http://www.bifff.net/wp-content/uploads/2014/11/bifff_presentation2015.pdf

[4] Cf. Guide du Corpus des connaissances en management de projet (Guide PMBOK). Newtown Square, Pa. : Project Management Institute, Inc., 2004, p. 5-7.

[5] Recevoir des subsides de différents organismes implique certaines réglementations qu’il faut respecter, notamment par souci de transparence. Pour exemple, voici le contrat-programme établi entre le BIFFF et la Communauté française de Belgique : http://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=8caec3931846dabb89d56f28fda7c3cc337e839a&file=uploads/tx_cfwbtransparence/BIFFF_2014-2018.pdf

La liste des sponsors du BIFFF sont publiés sur le site web du festival : http://www.bifff.net/partners/mainsponsors/

[6] Cf. http://www.bifff.net/contact/

[7] La liste des prix décernés par le festival est indiquée sur la page wikipédia du festival : https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_international_du_film_fantastique_de_Bruxelles

Advertisements

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 385 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :